*Ciné-ClubCiné-club KINUYO TANAKA

DU 24 MAI AU 5 JUILLET
CINÉ-CLUB KINUYO TANAKA
ANIMÉ PAR FABIENNE DUSZYNSKI
Fabienne Duszynski est enseignante à l'Université de Lille et membre du comité de rédaction de la revue Vertigo.
« En 1953, la célèbre comédienne japonaise de Mizoguchi et Ozu, passe derrière la caméra. […] Du mélodrame intimiste à l’épopée historique, Kinuyo Tanaka passe d’un genre à l’autre avec la même constante : filmer des femmes modernes, qui assument leurs désirs, à l’opposé des victimes tragiques qu’elle interprétait. […] Tanaka refuse dès le début de tourner en studio et part dans les rues de Tokyo, caméra au poing, pour suivre ses acteurs dans la foule. Elle porte un soin infini à décrire le quotidien : une femme qui prend son bain, une autre qui fait la lessive, son bébé accroché dans son dos, un homme qui étend le linge en cachette [...]. Tanaka s’empare de sujets difficiles comme la prostitution ou les mariages forcés, et quand elle traite le cancer du sein de la poétesse Fumiko Nakajo (Maternité éternelle), elle n’élude ni la poitrine mutilée, ni la liberté sexuelle de sa protagoniste. Combattantes et audacieuses, ses héroïnes sont à son image. »
Anne Dessuant – Télérama
LETTRE D’AMOUR
Japon I 1953 I 1h38 I VOSTF I Copie restaurée 4K
Avec Masayuki Mori, Yoshiko Kuga, Jûkichi Uno
Reikichi, un marin démobilisé, vit dans l’obsession de Michiko, une femme qu’il a aimée avant la guerre. Naoto, un camarade devenu écrivain public, écrit des lettres en anglais pour les jeunes femmes abandonnées par les G.I. américains. Un jour, Michiko fait irruption pour qu’on lui écrive une lettre.
« La force de Lettre d’amour – outre ses audaces formelles, son découpage intuitif nerveux, ses profondeurs de champ, sa façon de magnifier les visages par des battements de lumière – tient aussi au parti pris de filmer en décors naturels, d’inscrire les tourments intimes des personnages dans le contexte social (le Japon de la reconstruction). Comme si Tanaka effectuait une greffe entre une veine documentaire proche du néoréalisme et une autre mélodramatique façon Douglas Sirk, le tout porté par des acteurs admirables. » Nathalie Dray – Libération
LA LUNE S’EST LEVÉE
Japon I 1955 I 1h41 I VOSTF I Copie restaurée 4K
Avec Chishu Ryu, Shuji Sano, Hisako Yamane, Yoko Sugi
M. Asai vit à Nara auprès de ses trois filles : l’aînée Chizuru, revenue au domicile familial après la mort de son mari ; la cadette Ayako, en âge de se marier mais peu pressée de quitter les siens ; et la benjamine Setsuko, la plus exubérante des trois sœurs qui rêve de partir s’installer à la capitale.
« Avec son deuxième long-métrage, Tanaka change complètement de tonalité. Cette fois-ci, c’est Ozu qui offre un scénario inédit à la réalisatrice. [...]. On est en terrain connu mais Tanaka, loin de se contenter de marcher dans les pas de l’auteur de Fin d’automne, prend résolument le parti des trois filles et pousse le film vers la comédie familiale à l’américaine. La légèreté prend le dessus et on n’est parfois pas si loin du cinéma de Minnelli. » Thierry Jousse – Les Inrockuptibles
MATERNITÉ ÉTERNELLE
Japon I 1955 I 1h51 I VOSTF I Copie restaurée 4K
Avec Yumeji Tsukioka, Ryoji Hayama
Fumiko vit un mariage malheureux. Sa seule consolation sont ses deux enfants, qu’elle adore. Un club de poésie devient sa principale échappatoire. Alors que ses poèmes sont publiés, Fumiko découvre qu’elle a un cancer du sein.
« Avec Maternité éternelle, son film le plus personnel, le plus féministe aussi, que Kinuyo Tanaka atteint la formule la plus pure de son art. S’inspirant de la vie de la poétesse Fumiko Nakajo, décédée à 31 ans d’un cancer du sein, Tanaka livre un somptueux et déchirant portrait de femme, épouse délaissée et mère aimante (remarquable Yumeji Tsukioka), confrontée à trois pôles essentiels de la vie : l’émancipation et l’affirmation de sa liberté (le divorce, l’écriture), la maladie et son lot de souffrance physique incommunicable, et la redécouverte du désir, allant croissant à mesure que son corps mutilé s’affaiblit. » Nathalie Dray – Libération
LA PRINCESSE ERRANTE
Japon I 1960 I 1h42 I VOSTF I Copie restaurée 4K
Avec Machiko Kyō, Eiji Funakoshi, Atsuko Kindaichi
En 1937, alors que le Japon occupe la Mandchourie, Ryuko, jeune fille de bonne famille, apprend qu’elle a été choisie sur photo pour épouser le jeune frère de l’empereur de Mandchourie. La voilà contrainte de quitter le Japon et de s’acclimater à sa nouvelle vie.
« [Première] incursion dans le drame historique, La Princesse errante, au souffle romanesque certain, retrace le désastre de l’épopée japonaise en Mandchourie, à travers le mariage d’une héritière Meiji (la formidable Machiko Kyo) avec la dynastie exilée des Qing. » Mathieu Macheret – Le Monde
LA NUIT DES FEMMES
Japon I 1961 I 1h33 I VOSTF I Copie restaurée 4K
Avec Chisako Hara, Akemi Kita, Chieko Seki
Kuniko est pensionnaire d’une maison de réhabilitation pour anciennes prostituées. La directrice du centre parvient à lui trouver une place de vendeuse dans une épicerie, mais les regards malveillants des hommes du quartier font rapidement fuir la jeune femme.
« La Nuit des femmes est une réaction à la loi antiprostitution entrée en vigueur au Japon en 1958. Partant d’un centre de réinsertion pour prostituées, le film suit l’impossible parcours de réhabilitation de Kuniko, qui tente de trouver un travail, mais se retrouve sans cesse ramenée à son passé infamant. Tanaka s’attache à estomper la frontière morale établie socialement entre les femmes « légitimes » et celles qui font commerce de leur corps. » Mathieu Macheret – Le Monde
MADEMOISELLE OGIN
Japon I 1962 I 1h42 I VOSTF I Copie restaurée 4K
Avec Ineko Arima, Tatsuya Nakadai, Ganjirô Nakamura
À la fin du XVIème siècle, alors que le christianisme est proscrit, Mademoiselle Ogin tombe amoureuse du samouraï Ukon Takayama, qui est chrétien. Le guerrier refuse ses avances et Ogin prend pour époux un homme qu’elle n’aime pas. Mais quelques années plus tard, Ukon revient et lui avoue son amour.
« En 1962, Tanaka réalise un dernier film, en couleurs, Mademoiselle Ogin, où derrière l’apparent académisme d’un drame historique en costumes, un érotisme troublant annonce les audaces du cinéma des années 60. Cette révolution à venir, Kinuyo Tanaka, en s’affranchissant de la tutelle des hommes, l’avait à sa manière préparée. » Paola Raiman – Cahiers du cinéma
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Tarif plein : 9 € (7€ + 2€ supplément conférence)
Tarif - 26 ans : 8 € (6€ + 2€ supplément conférence)
UGC Illimité, Abonnés Louxor, Ciné-chèque, CCU : + 2€ supplément conférence
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ÉPILOGUE
GINZA COSMETICS
De Mikio Naruse
Japon I 1951 I 1h27 I VOSTF I Copie restaurée 4K
Avec Kinuyo Tanaka, Ranko Hanai, Yûji Hori
Mère célibataire et hôtesse de bar en fin de carrière, Yukiko Tsuji travaille sans relâche au Bel Ami, un petit club du quartier animé de Ginza à Tokyo, pour subvenir aux besoins de son jeune fils. Lorsque sa patronne envisage de vendre l’établissement, Yukiko, elle-même criblée de dettes, doit faire face aux avances d’un puissant homme d’affaires.
« Le film, étonnant par sa mise en scène proche du néoréalisme italien, est moins un récit à rebondissements mélodramatiques qu’une succession de moments banals (mais socialement révélateurs) du quotidien, la chronique d’une vie presque ordinaire marquée par les compromis et les désillusions. La modernité cinématographique se trouve, aussi, dans le jeu sobre et précis de Kinuyo Tanaka : l’inoubliable interprète de La Vie d’O’Haru, femme galante de Mizoguchi (et future grande cinéaste) donne à son personnage une dignité bouleversante. » Samuel Douhaire – Télérama
Séance hors ciné-club / tarif plein : 7€ / Tarif - 26 ans : 6 €
